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Topophile et solastalgie

Topophiles et solastalgie

J’ai appris il y a peu que j’étais « topophile ». Les topophiles, ce sont ceux qui développent un attachement très fort à des lieux particuliers et singuliers. Si cela te semble naturel, c’est sans doute que tu l’es aussi ! En ce cas, la solastalgie peut occuper une place vraiment importante dans ta vie : tu peux te sentir facilement affectée par la modification des lieux auxquels tu es attachée. Alors, que signifie être topophile ? Comment la solastalgie agit-elle de concert avec la topophilie ? Il n’y a sans doute pas de réponse toute faite. C’est pourquoi je te livre dans cet article mon ressenti très personnel vis-à-vis de ces questions. Je serais très heureuse de lire ton propre ressenti en commentaires !

Etre topophile, c’est vivre la vie d’un chat : attaché à son territoire plus qu’à tout le reste.

L’attachement au lieu est quelque chose que j’ai fini par comprendre : je suis comme un chat. Le chat, il a son ancrage dans un lieu. Mon chat, que j’ai eu il y a longtemps, était au départ le chat du voisin. Le voisin a déménagé à quelques kilomètres, le chat est revenu. Trois fois ! Alors, le voisin a laissé tomber et j’ai adopté le chat. Au final, je suis ce chat. Je m’attache aux lieux de manière démesurée. C’est dur à admettre, mais si j’aime revenir dans une maison, c’est peut-être encore plus pour la maison que pour ses habitants. Si toi aussi tu es un chat, alors la solastalgie a des chances de t’affecter encore plus profondément, car tu seras profondément sensible à la conservation du lieu.

La solastalgie est décrite comme la perte du réconfort auparavant apporté par le territoire, à cause d’une modification rapide de celui-ci.

D’après Glenn Albrecht, l’auteur du terme « solastalgie, « la solastalgie est la douleur ou la maladie causée par la perte ou le manque de réconfort, et le sens de l’isolement relatifs à l’état actuel du “chez soi” ou du territoire dans lequel habite quelqu’un ». « Si nous admettons donc que l’amour du paysage et des lieux puisse être une émotion puissante, surtout pour les peuples indigènes et ceux qui vivent près de la terre, vivre l’expérience de leur dévastation durable provoque une émotion ou un état psychique tout aussi puissant. » Alors, comment la solastalgie coupe-t-elle ce réconfort apporté par les lieux chers à la personne topophile ? Je te propose mon ressenti personnel.

Avoir des racines, plus qu’une simple expression pour la personne topophile

Celle qui vit dans ses tripes l’expression « avoir des racines » sera particulièrement affectée par la solastalgie.  Pour ma part, j’ai vécu jusqu’à mes études dans la même maison. Cela m’a créé des racines puissantes, comme celles d’un arbre : avec des ramifications nombreuses et profondes

. En région parisienne, par contre, malgré dix-sept ans passés là-bas ensuite, je ne m’y suis jamais sentie « chez moi ». Il n’y a pas de sol, à Paris. On y vit en hauteur dans les appartements et on n’y voit jamais la terre, couverte de bitume. J’ai trouvé d’autres sources d’énergie, bien sûr : un arbre, vois-tu, ça se nourrit des deux côtés. Par les racines, mais aussi par les feuilles, en captant le dioxyde de carbone et en le transformant en matière organique grâce à la photosynthèse. A Paris, c’est comme si j’avais surdéveloppé mon feuillage, construit toujours plus de branches, de branchettes, et de feuilles, et fait grandir, grandir encore, ce feuillage. S’éparpiller dans l’action, le savoir, le toujours plus, comme pour tenter de compenser l’absence des racines.

Heureusement, quatre fois par an environ, je pouvais retourner « chez moi », rebrancher mon tronc à mes racines, une par une, et comme absorber les nutriments du sol. Les nutriments de l’ancrage. Les olives, l’odeur du thym et du pin mélangés, la fougasse, la frangipane, les arbres du jardin.

Si ces racines datent de ton enfance, il y a des chances pour qu’elles soient d’autant plus fortes, et que leur perte soit d’autant plus déstabilisante. Mais pas seulement : il est tout à fait possible de se créer des racines par la suite. C’est terrible quand je suis invitée tous les ans dans un même endroit par des amis qui y ont une maison, car je m’attache à un lieu sur lequel je n’ai aucun droit. S’attacher à un lieu sur lequel on n’a aucune prise, c’est comme créer un nouveau jeu de racines sans jamais savoir si on pourra y revenir puiser des nutriments.

En tant que « topophile », la solastalgie m’affecte particulièrement. Elle agit en coupant les racines qui me nourrissent.

La solastalgie, c’est quand tu reviens « chez toi », et que tu tentes de reconnecter tes racines, toutes tes racinettes et leurs ramifications, à leur connexion dans le sol. Mais, à chaque fois, il y en a quelques-unes que tu ne peux pas reconnecter. Parce que la connexion s’est fanée, flétrie, arrachée.

Comme les arbres du jardin qui sont morts de vieillesse et qui laissent un vide : le prunier, le cerisier, le pommier et les deux palmiers. Comme les martinets, ces oiseaux migrateurs très semblables aux hirondelles, qui voltigeaient par milliers dans le ciel entre mai et juillet pendant mon enfance. Ces oiseaux ont vu leur population divisée par deux en 20 ans à cause de l’activité humaine. Avec leurs cris incessants, ils faisaient un tel fond sonore de mai à juillet que même une fois partis, en août, je continuais à les entendre dans ma tête. Le silence d’aujourd’hui me dérange énormément.

Les racines, ce sont les sources du réconfort, et quand elles partent, on ne peut plus venir s’y connecter. Cette « perte de réconfort », c’est cela, pour moi, la signification du mot « solastalgie ». Tu y seras particulièrement sensible si tu avais développé beaucoup de « racines », et moins de « feuilles ».

Et toi, es-tu topophile ? Comment vis-tu la solastalgie ? Si tu le veux bien, laisse ton témoignage en commentaires !

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